Originaire de Blackburn, dans le nord de l’Angleterre, Charlotte OC, de son vrai nom Charlotte O’Connor — a toujours eu un pied dans plusieurs cultures, entre ses racines irlandaises, indiennes et malawites. Signée très jeune par une major, elle a vite pris ses distances avec les chemins tout tracés pour suivre une voie plus personnelle, plus libre. Depuis, elle trace un sillon singulier entre pop alternative, soul profonde et touches d’électro cinématographique.
Sa musique a ce quelque chose de viscéral : on ne l’écoute pas à moitié. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si plusieurs séries (Grey’s Anatomy, Riverdale, Pretty Little Liars…) s’en sont emparées. Même les médias comme Vogue ou Billboard ne s’y sont pas trompés. Mais ce qui nous a frappés, c’est sa sincérité, sa capacité à faire passer l’émotion brute.
Après une pause salutaire, Charlotte revient en 2025 avec un nouvel EP, Seriously Love, Go Home, qui nous a sincèrement touchés chez FredsBackstages. Intime, intense, souvent à fleur de peau, ce disque marque une nouvelle étape dans son parcours. On a eu la chance de discuter avec elle, pour parler d’identité, de retour aux sources, et de la façon dont on trouve sa place, enfin.
On vous en reparlera très vite, mais une chose est sûre : on a hâte de la voir sur scène, ici, en France.
Tu as signé ton premier contrat à 18 ans, ce qui peut être à la fois excitant et difficile. Te souviens-tu du moment précis où tu t’es dit : « Ça y est, je veux vivre de ma musique » ? Et que dirais-tu aujourd’hui à la jeune fille que tu étais ?
Je pense que c’était lors de mon tout premier concert, celui d’Alicia Keys. Je me souviens l’avoir regardée et m’être dit que je voulais émouvoir les gens avec ma musique. Et je dirais à mon jeune moi :
« Le monde est beau, Charlotte. Tu as traversé tellement d’épreuves que cela a obscurci ta vision. Mais tu es profondément aimée par ceux qui te connaissent vraiment. Tu vas rencontrer des gens au moment idéal de ta vie, des gens qui enrichiront ton univers. Et puis tu découvriras quelque chose d’encore plus puissant : tu es capable d’enrichir ta propre vie simplement en ayant confiance que tu es sur la bonne voie. Rien de tout cela n’est une perte de temps. Tu es destinée à faire cela. Tu aideras les autres, même si tu doutes de tes capacités ou de ta valeur en ce moment. Tu le feras, car au fond, c’est ce qui a toujours compté : la connexion, l’attention et le sens.«

Un héritage métissé, une voix unique
Tu as créé un son qui mélange soul, électro-pop, rock et blues. As-tu l’impression que tes racines — indiennes, irlandaises, malawiennes — sont désormais plus présentes dans ta musique qu’elles ne l’étaient au début ?
Tu sais quoi ? Probablement. C’est ce que j’ai écouté toute ma vie, et pour la première fois, je pense que j’ai enfin réussi à tout combiner et à en faire mon propre son. Ça a été le plus grand défi de tous… alors oui, j’ai l’impression que c’est beaucoup plus présent que jamais. Mon rêve est de retourner au Malawi et d’y enregistrer des sons à inclure dans mes futurs morceaux — je croise les doigts pour que cela se réalise un jour.
Un chaos familier
Tu as dit que le clip de Roméo montre à quel point il est facile de s’habituer à détruire tout sur son passage. Penses-tu que la douleur peut parfois nous faire sentir chez nous ? Et que l’amour, dans ce sens, est l’intrus ?
Oh oui. Ça a été le cas pendant longtemps. Et l’amour était parfait pour rendre les choses encore plus compliquées, surtout quand on ne s’aime pas soi-même ou qu’on n’aime pas le monde qui nous entoure. Je me sentais parfois comme une accro à l’amour, ça me donnait une validation quand je me sentais au plus bas. Je m’en nourrissais. C’était un endroit horrible, et je suis tellement contente de ne plus y être.
Musique et image
Tes chansons ont été utilisées dans des séries telles que Grey’s Anatomy, Riverdale, Pretty Little Liars… Que penses-tu de ce lien avec ce type de storytelling ? Écris-tu en pensant à des images, ou ces synchronisations * (ndlr : musique à l’image) sont-elles toujours une surprise ?
Je pense que mes chansons peuvent parfois être assez cinématographiques, donc je trouve que cela fonctionne bien, en particulier avec les synchronisations que j’ai obtenues pour Grey’s Anatomy et Suits. Je suis honorée que mes chansons soient utilisées dans ces programmes. Cela donne un tout nouveau sens à la musique, en fonction de ce qui se passe dans l’histoire. Je trouve cela magique.
Roméo : « Cet amour était ta meilleure mauvaise idée. »
Dans Roméo, tu chantes : « Cet amour était ta meilleure mauvaise idée. » Est-ce ta façon de décrire un beau désordre ? Le fait d’écrire cette chanson a-t-il changé ta façon de voir cette relation ?
Pas vraiment. Si cela m’a appris quelque chose, c’est que je savais déjà tout. Je savais pourquoi nous réagissions ainsi l’un envers l’autre, pourquoi cela avait un effet aussi fou sur nous deux ? J’avais juste besoin de le dire à voix haute, et oui… c’est exactement comme je le pensais.

Seriously Love, Go Home (Sérieusement, MON amour rentre CHEZ TOI)
Le titre ressemble à un ordre, pas seulement d’aimer, mais aussi de s’aimer soi-même. Que signifie « rentrer à la maison » pour toi aujourd’hui ? Est-ce que cela implique aussi d’accepter des parties de toi-même que tu as peut-être laissées de côté ?
Oui, bien sûr. J’ai perdu mon accent du Nord quand j’ai déménagé à Londres, ce qui était vraiment dommage. Mes potes ont fait en sorte que je me débarrasse de cet accent hybride Londres/Blackburn dès que je suis rentré à la maison 😂. Revenir à la maison m’a obligé à me regarder en face, à me sortir la tête du cul et à remettre de l’ordre dans ma vision merdique de la vie. Je n’aurais jamais pu faire ça dans une ville où tout tourne parfois autour de « qui porte quoi, qui a le plus bel appartement, qui gagne le plus, qui réussit ». C’était devenu tellement difficile. J’avais besoin de me rappeler d’où je venais, qui j’étais, et de faire mon deuil correctement au lieu de me cacher derrière tous ces faux problèmes.
Une production dépouillée, une émotion brute
Cet EP semble plus direct, plus essentiel. Moins de sophistication, plus d’intensité. Était ce un choix artistique ou un besoin émotionnel ? As-tu eu le sentiment de devoir être encore plus vraie dans ta musique ?
Oui, je pense que Dimitri* (ndrl : Dimitri Tikovoi son producteur et co-compositeur) et moi avons vraiment appris à nous connaître au cours de ce processus. Il a découvert ce qui m’attirait, mais il m’a aussi connu personnellement. Cela a rendu le processus vraiment honnête. Dimi m’a vu arriver au studio dans des états discutables, et je pense que nous nous sommes simplement nourris de ce qui se passait dans ma vie à ce moment-là.
Une voix LIBRE
Ta voix semble plus libre que jamais, moins contrôlée, plus ouverte. Est-ce quelque chose que tu as également vécu personnellement ? Lâcher prise sur la perfection et être simplement authentique ?
Je n’avais pas vraiment le choix. Avec tout ce qui se passait, je n’avais ni le temps ni la patience de m’amuser à essayer d’être heureuse ou parfaite. Tout était à fleur de peau, personnellement. J’étais une bombe à retardement, prête à exploser émotionnellement à tout moment. Mais j’ai fini par réaliser que c’était ce qui me manquait. Ça ne devrait pas être parfait. Parce que je suis loin de l’être, tout comme tout le monde. Le monde a besoin d’entendre les imperfections, surtout maintenant.
De retour sur scène
Tu remontes sur scène après trois ans d’absence. Comment te sens-tu ? Est-ce comme renouer avec ton public, ou plutôt comme un nouveau départ ?
Je ne me suis jamais sentie aussi bien sur scène. J’ai l’impression que toute l’expérience que j’ai acquise au fil des ans ressort lorsque je joue. J’oublie parfois depuis combien de temps, je fais cela, alors quand j’ai su que les concerts allaient avoir lieu… J’étais, pour être honnête, complètement paniquée. Mais après quelques concerts, tout s’est mis en place, encore mieux qu’avant.
Débuter et rester fidèle à soi-même
Tu as fait l’expérience des grandes maisons de disques dès tes débuts, puis tu as retrouvé ton indépendance. Avec le recul, quel conseil donnerais tu à un jeune auteur-compositeur interprète qui cherche aujourd’hui à percer sans se perdre ?
N’écoute personne qui te dit comment ta musique devrait sonner. À mes yeux, c’est à proscrire absolument. Mais à part ça, chaque expérience est tellement unique que je trouve assez étrange de donner des conseils.
Une chanson pour comprendre où tu en es
Parmi les cinq titres de l’EP, lequel te semble le plus personnel à l’heure actuelle ? Celui que les gens devraient écouter s’ils veulent vraiment te connaître.
Je pense que c’est God We Tried. Chaque note de ce morceau respire Charlotte OC.
Parmi les cinq titres, tu as choisi de mettre en avant « Cider and Black » lors de la sortie de l’EP. Qu’est-ce qui t’a marqué dans cette chanson ? Elle semble très ancrée dans la réalité et cinématographique, avec une tension silencieuse qui la traverse. La considères-tu comme une porte d’entrée vers l’album, ou plutôt comme un instantané de ta situation actuelle ?
Pour moi, c’est juste un moment dans le temps. C’était là où j’en étais quand je l’ai écrite. Je me souviens encore de la folie qui m’habitait quand j’écoute cette chanson. Je pense que le son de ce qui va suivre sera encore plus brut que jamais. Mais j’adore « Cider and Black ». Je pense que personne n’a jamais entendu cette facette de moi auparavant, et c’est pour cette raison que je l’adore.
Et après ?
L’EP est sorti le 11 juillet. Quelles sont tes prochaines étapes ? Un autre projet ? Une pause ? Où veux-tu consacrer ton énergie dans les mois à venir ?
Le prochain album va bientôt voir le jour, donc je me remets directement au travail, ce qui est vraiment libérateur pour moi. J’ai vécu avec cet EP pendant deux ans, et je suis maintenant ailleurs sur le plan personnel. Donc oui, je suis très, très, très, très enthousiaste.
Que trouverait-on dans la loge de tes rêves ?
Du miel, de l’eau chaude, du champagne, des vocal zones… Peut-être des appareils de musculation, pour évacuer la tension avant le concert, mais est-ce que je m’en servirais ? Probablement pas. Et puis encore du champagne. Peut-être un Pho. Et un chiot Border Collie. Bien dressé.
Et sur la scène de tes rêves, qui serait à tes côtés ?
Freddie Mercury, Tina Turner, Leonard Cohen… Et mon père qui nous chahuterait depuis le bord de la scène.
Dernière question : tu pars pour Mars, que prends-tu avec toi ?
Tous ceux que j’aime, et du champagne.


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