Adam Ahuja, the one man band

Vous qui lisez ce blog et suivez mes aventures musicales depuis bientôt un an, savez qu’il y a des groupes que je suis tout particulièrement et c’est le cas du duo Rosaway, sur lequel j’ai déjà écrit plusieurs articles. Alors quand Rachel et Stéphane m’ont fait part de l’arrivée d’Adam Ahuja, le claviériste avec qui ils avaient déjà collaboré en France en septembre, il était évident que nous allions organiser une rencontre. J’avais déjà entendu parler de ce musicien surdoué New-Yorkais grâce à eux, car ils avaient enregistré avec lui à New York un des morceaux de leur EP « Freedom ».

Pour cette fois, c’est Adam qui les a rejoint en France dans le cadre d’une tournée et de quelques dates avec Rosaway, l’opportunité était donc trop belle de réunir les deux garçons. Rendez-vous fut donc pris à Montmartre pour une conversation autour d’un verre, avant une belle session en studio que je vous laisse découvrir ci-dessous. Un véritable moment de musique entre deux musiciens incroyables, se connaissant bien et qui nous ont offert une jam session incroyable.

Mais avant cela, voici une interview d’Adam, histoire pour vous de faire connaissance avec lui et de vous donner envie de découvrir sa musique, tout a fait novatrice, groovy, et un jeune homme qui sait ce qu’il veut et d’une grande générosité artistique. Une belle façon aussi de découvrir le fonctionnement de l’industrie musicale depuis New York et son évolution;)

Tu es un artiste multi instrumentaliste, tu joues de la batterie, guitare, claviers, basse, et tu chantes, mais peux tu nous dire ce qu’est un artiste neo live looping?

Le live looping est apparu dans les années 2000 avec les guitaristes qui ont commencés à utiliser des petites pédales à effets comme la distorsion etc. La pédale de looping permettait d’enregistrer des séquences en live et de les rejouer en boucle. C’était l’idée d’origine. Ensuite ça a évolué jusqu’à avoir une multitude de fonctionnalités (les boîtes à rythmes par exemple) permettant de jouer plusieurs instruments. Vers 2013 la marque Boss a sorti la loop station RC 505 que j’utilise et qui a la particularité de pouvoir être utilisée avec les mains; Mon idée était de trouver les outils technologiques me permettant de tout faire seul, mais sans les ordinateurs sur scène et limiter ainsi le risque de panne ou de recevoir des emails pendant que je joue (rires). Je voulais pouvoir mélanger ces nouvelles technologies et ce que les dj pouvaient produire comme sons mais avec des instruments réels. Le live looping a été une évidence pour moi.

Tu veux être indépendant mais tu aimes quand même jouer avec d’autres musiciens sur scène?

J’ai joué avec des groupes au collège mais je me suis rendu compte, que même si c’était une expérience sympa, ce n’était pas simple de manager plusieurs musiciens, avec des personnalités, des contraintes différentes. Au final, je manageais plus que je ne faisais de musique. J’aime la liberté que me donne un projet solo et qui se suffit à lui même, mais aussi la possibilité de collaborer occasionnellement avec d’autres musiciens.

Comment définirais-tu ta musique?

Ce n’est pas une question facile parce que je suis dedans tout le temps. Il y a beaucoup de d’influences jazz dans ma musique, mais aussi de soul, funk pour le rythme, pour la voix, c’est plutôt pop et pour l’instru c’est électronique. Donc ma musique est entre le jazz, l’électro et la pop. Mais quand j’avais 13 ans j’écoutais beaucoup Nirvana, les musiciens sont un mix de pleins d’influences différentes, donc c’est difficile d’utiliser un seul mot pour se définir. C’est aussi pour ça que j’aime le mot Neo live looping artist parce que cela définit plus un process novateur, et mon style est plus jazz-tronic

Ta musique est très marquée par le jazz en effet, mais un jazz pour chiller. Quels sont les musiciens qui t’ont marqués?

Chill jazz, ça me va. Herbie Hancock, Oscar Peterson m’a beaucoup influencé quand j’étais jeune mais aussi des batteurs comme Dennis Chambers.

Dirais-tu que New York a défini ta musique ou te vois-tu plus comme un musicien du monde?

Vivre à New York a définitivement modelé ma musique. Mais aussi l’époque pendant laquelle j’y étais. Il y a plusieurs scènes à New York et quand je suis arrivé, c’était la fin de la scène Afro Beat, tout le monde faisait ça mais ce n’était pas forcément mon objectif au départ, mais à force, j’ai fini par adorer l’Afro beat. Ce n’est pas super compliqué mais c’est un groove particulier. Pour ma génération, ce sont plutôt la musique d’ambiance qui étaient à la pointe de la nouveauté, les sons atmosphériques. Toutes les jams sessions incluaient ce genre de musique, très cool.

Quand tu écris tes chansons, as-tu une façon de faire particulière?

Il y a différentes façons. La plupart du temps, cela vient d’abord d’une idée, et l’idée vient en jouant. Donc c’est souvent pendant mes séances de jam en solo et si le son est cool et nouveau, je le garde. Mais parfois c’est aussi pendant les jam session avec d’autres musiciens. Tu joues, tu communiques avec eux et l’idée vient toute seule. Dans ce cas, j’enregistre toujours et je garde pour plus tard, comme un pense-bête dans lequel je peux aller piocher ensuite. L’autre approche est plus conceptuelle, si j’ai envie de créer, mais sans idée précise en tête, je vais travailler sur ce qui m’intéresse sur le moment, Par exemple, pour mon dernier album, j’ai eu envie d’une chanson avec un beat rapide et une mélodie assez unique pour ne pas avoir besoin de paroles. Parce qu’aujourd’hui les mélodies qu’on écoute sont assez accrocheuses, mais pas vraiment uniques. Elles ont des structures diatoniques assez simples. Ce qui est cool aussi parce que ça nous fait du bien. Mais si tu veux créer quelque chose de plus complexe, aller plus loin, alors il faut partir d’un concept, qui parfois n’a rien à voir avec la musique. Comme par exemple, s’imaginer au milieu de la jungle et se demander ce qu’on ressentirait. Cela peut suffire pour travailler une musique.

Est-ce que ton expérience scénique influence ta façon d’écrire?

Généralement tu joues ta musique, tes chansons sur scène, et tu vois comment cela résonne pour le public mais aussi pour toi. Et ainsi tu développes des habitudes, et plus tu joues, plus la chanson prend en maturité et quand tu décides de l’enregistrer, finalement elle est déjà différente de la toute première fois où tu l’as joué. Donc les chansons évoluent en même temps que toi finalement.

Peux tu nous parler de ton concept Neo live experience?

Je me rappelle avoir été jouer avec mon groupe en 2010 et il y avait un autre groupe qui jouait de la musique plus électro et il y avait aussi un DJ et j’avais remarqué que le mec qui produisait le show essayait de faire passer mon groupe en dernier. J’ai réalisé qu’en tant que musicien, on passait des années à se former et au final tout ce que les gens avaient envie d’entendre c’est un DJ. Ces gars jouaient des trucs sympas dans la world music et ils avaient tous le crédit à ce moment là. Et je me suis dit que c’était un peu injuste car ce n’était pas si difficile à faire. Donc je me suis demandé comment je pouvais tirer avantage de ces deux façons de faire de la musique mais en continuant à performer en live. C’est comme ça qu’est né le concept Neo live. Utiliser les claviers, les drums pads, le looper en même temps sur scène.

Ton dernier album UBIQUITY est sorti en 2017, as-tu des nouveaux projets en cours?

J’ai un single qui va sortir en novembre, une cover de « Over the rainbow » avec claviers, bass, piano et des effects particuliers. Et je travaille sur un album qui sortira sans doute à l’été prochain avec un concept fou mais c’est encore un secret. Ca va être marrant en tout cas.

Comment vous êtes-vous rencontré avec Rosaway?

On s’est rencontré en 2014 avec Stéphane. Je jouais avec Robert Randolph and the Family Band et Stéph était le batteur de Ana Popovic, la guitariste et chanteuse. Et nos deux groupes tournaient ensemble. On est devenu ami, il est venu avec Ana à New York et c’était le moment où j’ai quitté Randolph, je cherchais un nouveau projet en tant que clavier et on a eu envie de jouer ensemble. On a joué ensemble avec Ana et du coup on est devenu très proche grâce à la vie en tournée. C’est important de bien s’entendre dans ces moments là car c’est très intense et tu passes du temps dans une bulle.

Comment as tu collaboré avec Rosaway?

Stéphane Avellaneda Ça a commencé quand on est venu à New York avec Rosaway, on avait envie de travailler avec lui, d’abord parce que c’est un ami et que son utilisation des claviers vintage correspondait à ce qu’on cherchait. Il n’y avait que lui qui pouvait matcher avec notre propre son.

Peux -tu nous parler de ton label Infinity Gritty et de ton partenariat avec Ropeadope Records?

En 2014, je tournais avec un rappeur de Philadelphie et il venait de signer son 1er album chez Ropeadope, le label qui a signé Snarky Puppy. A l’époque Ropeadope signait des artistes mêlant jazz, groove et hip hop. C’était les tout débuts de ce genre. J’ai rencontré le patron de Ropeadope pendant un festival et nous avons décidé de collaborer. Dans le même temps, l’ingé son avec qui je travaillais venait d’ouvrir un studio à New York. J’ai commencé à produire de plus en plus et c’est tombé sous le sens de créer ce partenariat qui existe depuis deux ans et demi maintenant. J’avais aussi envie de faire autre chose quand je n’étais pas en tournée, me concentrer sur d’autres aspects de la musique. D’où la production.

Rosaway fait partie des groupes que tu produis?

Adam: Oui ils ont signé avec Infinity Gritty mais Ropeadope s’occupe de la distribution. C’est un vrai partenariat.

Stéphane: la différence avec la France, c’est que les Etats-Unis et l’industrie musicale sont prêts à prendre des risques, comme prendre un groupe français, inconnu et investir dessus. Ils sont plus ouverts à la nouveauté.

Adam: Dans tous les cas, et pour tous les labels cela fonctionne pareil, ils ont besoin de gros artistes pour pouvoir produire des plus petits.

Stéphane: la différence aussi avec Ropeadope c’est que tu as une application qui te relie avec tous les artistes du label, que tu peux contacter quand tu veux. C’est une vraie communauté et peu importe ton niveau de popularité, tu fais partie de ce réseau.

Peux-tu nous parler de ta tournée en Europe?

C’est une tournée d’un mois avec une dizaine de lieux différents, en France notamment 3 dates avec Rosaway, et en Allemagne. J’espère revenir et jouer à Paris.

As-tu un message à faire passer au public français?

Pour moi la France est unique car les gens sont moins individualistes qu’aux Etats-Unis, ils la jouent plus collectif et c’est ça que j’aime.

Merci Adam!

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