Europe 1: Part 11 Nekfeu, quand le rap devient poésie

Pour mon onzième passage sur Europe 1 dans l’émission Musique d’Emilie Mazoyer, j’ai choisi de parler, non pas d’un artiste émergent ou d’une nouveauté mais d’un rappeur que j’adore et que finalement j’ai vraiment découvert grâce à ma fille, Nekfeu. Nous avons choisi le duo qu’il a fait avec Vanessa Paradis « Dans l’Univers ». C’était aussi une façon pour moi de vous parler de cet artiste surprenant car peut-être que certains lecteurs du blog, de ma génération ne sont-ils pas nécessairement fan de rap, mais il serait dommage de passer à côté de celui de Nekfeu, surtout si vous aimez les mots et la richesse de la langue française. Car non, le rap ne peut être réduit à certains a priori qui voudrait que ce ne soit même pas de la musique. Je me suis toujours insurgée devant ce genre de propos car de la même façon qu’en littérature il y a de très bons livres et de très mauvais, le rap n’échappe pas à cette règle.

Mais revenons à Nekfeu, de son vrai nom Ken Samaras, je ne vais pas vous refaire toute sa bio que vous trouverez partout, mais il est d’origine grecque et écossaise et a démarré le rap en 2007 dans des collectifs, comme c’est souvent le cas pour les rappeurs. Ses expériences au sein de L’Entourage où l’on retrouve Alpha Wan (entre autres) et les groupes S-Crew et 1995 ont été l’occasion de sortir des EP, singles et de participer à des Rap Contenders, véritables battles de rap et d’affrontement oratoire.

Cette vie de collectifs et de groupes a son importance car elle forme le socle artistique et aussi amical de Nekfeu, des artistes allant des rappeurs, aux MC et aux beatmakers qui vont aussi l’accompagner dans sa carrière solo.

Il sort en 2015, un premier opus « Feu », qui le propulse sur le devant de la scène, récoltant d’excellentes critiques et obtenant le disque de diamant, ce sera la même chose en 2016 avec son deuxième album « Cyborg ». On découvre alors un garçon avec un sens aigu de la rime, des punch lines qui frappent justes et forts, en plein cœur pour certaines. Le titre « Martin Eden », entre autre,dans l’album « Feu », nous fait découvrir le goût prononcé de Nekfeu pour la littérature, sa capacité à la faire sienne et à l’utiliser avec intelligence dans ses propres textes, mais aussi dans « Risibles amours » dans lequel il fait référence à Kundera. D’où la nécessité de se plonger dans ses textes pour en mesurer la profondeur.

Et après deux longues années d’attentes pour les fans, arrive le 3ème album « Les Etoiles vagabondes » qui pour moi restera un album de référence à plus d’un titre. Tout d’abord, il faut savoir que Nekfeu est le roi de la com, sa stratégie pour la sortie de ses albums et notamment pour le dernier est un modèle du genre. En mai 2019, il annonce sur sa chaîne YouTube la sortie imminente d’un film documentaire avec une projection unique dans plus de 200 salles de cinéma en France, Belgique, Suisse, Maroc et Canada. Le film retrace en immersion totale, tout le cheminement d’écriture et de production des Etoiles Vagabondes. De son manque d’inspiration qui le bouffe, à un sentiment de solitude intense alors même qu’il ne connaît que des succès, de son envie de s’éloigner de Paris et d’aller puiser son inspiration dans les voyages. On le suit alors au Japon, à la Nouvelle-Orléans, dans le village de son enfance sur l’île de Mytilène en Grèce et c’est assez passionnant de se retrouver au coeur de la création d’un album.

J’ai trouvé que ce film, même s’il est nécessairement egocentré, montre bien les liens qui unissent Nekfeu à ses amis du S-Crew, sa capacité à mettre en avant les autres et à les pousser à donner le meilleur d’eux-même, c’est le cas avec Diabi, brillant réalisateur et ingé son sur les Etoiles Vagabondes. Mais surtout, et pour ceux qui considèrent le rap comme de la non-musique, cela prouve que ce garçon est d’une grande ouverture d’esprit et d’une musicalité évidente. Il faut écouter « Ciel noir » sur lequel il a invité Trombone Shorty, tromboniste et trompettiste américain et des chœurs qui sont d’une beauté à fendre l’âme. C’est un artiste qui est aussi capable d’inviter un musicien sdf dans les rues de la Nouvelle-Orléans pour jouer sur son album.

Vous l’aurez compris, je suis une grande fan de Nekfeu tant par sa musique et ses mots que par son parcours d’homme qui grandit à chaque album et qui nous dévoile avec pudeur ses interrogations sur le monde qui l’entoure, ses amours, ses amitiés, sa philosophie. Un artiste touchant et dont ma fille qualifie la musique de « Musicament » car elle soigne, interroge, bouleverse, secoue, fait danser aussi et c’est bien là tout ce qu’on demande à un artiste, que sa propre vie résonne et fasse écho à celles des autres.

Pour écouter mon intervention dans l’émission d’Europe 1, cliquez sur la photo, c’est au début.

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