OULMERIE, un rap inclassable et hypnotique

Aujourd’hui, je vous emmène sur la planète OULMERIE, un duo de rap français particulièrement atypique que j’ai déjà évoqué dans l’article sur Parisian Spirit. C’est d’ailleurs lors d’un concert organisé par ce collectif en septembre 2019 que j’ai découvert ces deux ovnis. Oulmerie c’est l’histoire de deux amis, Louis et Valentin, deux passionnés de musique, de rap et de théâtre qui ensemble ont décidé de partager leur univers avec nous. Un univers où la créativité est omniprésente, la passion, l’énergie mais aussi l’introspection. C’est du rap mais pas que, c’est le phrasé si particulier de Louis, son énergie incroyable sur scène, sa sensibilité beaucoup, c’est la maîtrise dans les prod de Valentin et la magie qu’il est capable d’y insuffler. C’est une envie de partager et de se faire entendre qui est communicative. Ils ont déjà sorti trois projets, le premier au titre éponyme, ne comptait pas moins de 16 titres, assez inclassable car ils y ont mis toute leur personnalité. Le second « Burnout » plus introspectif m’avait un peu dérouté car découvert sur scène, la version studio était finalement plus sage. Leur nouveau clip « Jouets & souvenirs » qui est sorti hier soir, est une façon de clore ce chapitre avant le suivant. C’est un morceau tout en délicatesse, mélodieux et nostalgique. Ce n’est pas du rap, c’est du Oulmerie et je ne vois pas comment mieux décrire leur musique. Ils ont un son bien à eux, très novateur et c’est ce que j’aime chez eux. Louis m’a gentiment accordé une longue interview et c’est l’occasion pour moi de vous faire entrer dans leur monde. Beaucoup de générosité chez ces vrais artistes et deux belles personnes. C’est parti !

De quelle planète vient Oulmerie ?

La planète Oulmerie c’est la planète Oulmerie. On vient tous les deux du sud. Oulm c’était vraiment un surnom, des néologismes et quand on a créé le groupe c’était une évidence. C’était un nom affectueux. C’est la maison des oulms.

Quelles sont vos influences musicales?

Moi j’ai toujours écouté du rap, mon papa écoutait beaucoup MC solar, Iam,et puis en grandissant, j’ai exploré. J’écoute tous les styles et dans le rap c’est infini. Valentin au départ il écoutait surtout de l’électro, du rock psyché et du jazz. A la base il est pianiste, il a une formation classique. Quand on s’est rencontré à 15 ans, on s’est retrouvé autour de la musique, de la philosophie.

De quels instruments jouez vous?

J’ai fait un peu de guitare, de la trompette aussi mais je ne suis pas un bon musicien, plutôt un touche à tout. Valentin par contre a fait du piano pendant 15 ans.

Vous avez deux tempéraments assez différents?

Je suis plus extraverti, Valentin est plus réservé, c’est un observateur. Moi j’étais le gamin ultra sociable, je m’entendais bien avec tout le monde. En vieillissant j’ai appris à trier.

Quel a été votre parcours ?

Comédien c’était mon objectif. J’ai suivi un parcours théâtral au lycée. Ensuite j’ai intégré une compagnie après le bac. En parallèle, j’essayais tout ce que je pouvais au niveau créatif, les vidéos, l’écriture. J’ai ensuite rencontré des clowns et j’ai voulu tenter le concours d’entrée de l’école de Québec, une des meilleures écoles de cirque au monde. Du coup, je suis monté à Paris et j’ai intégré une école de clown burlesque le Samovar. Valentin était déjà sur Paris pour faire l’école d’ingé son Abbey Road. L’idée d’Oulmerie s’est imposé d’elle même quand j’ai arrêté l’école car il me fallait un projet pour rester à Paris et Valentin avait besoin d’expérimenter ce qu’il apprenait. J’ai besoin de créer tout le temps sinon je déprime.

Quel était votre objectif en vous lançant professionnellement dans la musique?

Se faire entendre, s’exprimer on sait le faire, on passe notre temps à le faire mais quand tu décides de faire de la musique ta vie, l’égo change. J’en ai fait pendant des années et ce n’était que du plaisir. Dès que j’ai commencé à me confronter au public, j’ai réalisé qu’il fallait vraiment être audible, se remettre en question. Avec Valentin, notre objectif depuis le départ a été de faire de la musique jamais entendue. Notre dicton s’était « Musique contrariante pour gens contrariés ». On aime profondément la musique et le but c’est de contribuer à son évolution, à notre échelle. Etre constamment dans la petite révolution et refuser les codes. Il faut trouver l’équilibre par contre, l’essentiel c’est de rester naturel d’où la peur de ne pas être compris parfois.

Quel est votre rapport à la scène?

Valentin en a fait beaucoup avec le conservatoire au piano et moi par le théâtre du coup, on sait gérer l’espace. Ce qui me frustre aujourd’hui, c’est que je sais que je peux dégager plus mais qu’il me manque de l’espace. On a fait que des petites scènes alors que je sens que je peux aller tellement plus loin. J’ai envie d’explorer ce lâcher-prise. La scène c’est une nécessité.

Parle nous de votre collaboration avec Parisian Spirit?

A la base Léo, notre ingé son est un copain de Valentin. Au fur et à mesure, on a collaboré avec eux, profité des compétences de Parisian Spirit. Ça fait un moment qu’on travaille ensemble, on est des membres actifs, on participe aux soirées qu’ils organisent.C’est une vraie entraide. A la base, on est un groupe de musique mais on est aussi un studio d’enregistrement avec Valentin. J’anime pas mal de soirées, j’organise aussi. J’ai envie d’être sur scène mais aussi de devenir un acteur du Hip Hop, de la scène émergente actuelle. Etre un moteur et mettre ma passion au service de la musique. Par exemple, avec Super Rap, je trouve ça super excitant de mettre en avant les autres, mais être aussi et surtout sur scène avec eux. On est dans le partage.

Parlons du clip « Jouets & souvenirs » qui est sorti hier soir?

C’est le genre de morceaux qu’on ne fait pas beaucoup, dans notre style en tout cas. Mais c’est une chanson qui nous tient à cœur. On est très loin du rap, c’est très mélancolique, nostalgique. C’est une ballade dans mes souvenirs d’enfance au bord de la mer. C’est moi qui ai écrit le texte. Il s’inscrit dans l’album « Burnout ». Ça évoque mon mal être parisien, mon manque du sud. Du coup, ce morceau peint cette tristesse quand le sud me manque. C’est la porte qui se ferme de « Burnout ». On a exploré des choses personnelles, très introspectives. Avec une version scène qui tabasse. C’est un peu comme si l’album avait deux visages. Je vois nos albums comme des chapitres.

Le prochain projet Hyperloop est en cours de finalisation. Un mot pour le décrire?

J’aime pas cet exercice parce que je n’aime pas être restreint. Mais je dirais « électrique » pour le raccrocher à la couleur bleue. Il y aura 8 titres.

Vous êtes en autoprod, est-ce que signer en label est un objectif?

On n’est fermé à aucune possibilité, l’auto prod c’est par la force des choses. Notre but c’est de durer et d’être toujours là dans 10 ans, du coup, ça prend son temps. Si demain ça intéresse des labels, ils seront les bienvenus mais pas à n’importe quel prix. On a beaucoup de convictions, et on sait ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas. On a plus 18 ans. On sait où on veut aller. On a une vision à long terme, on sait comment faire nos scénographies quelque soit la taille de la scène. Il ne faut pas brider sa créativité et ses envies.

Comment vois-tu le rap?

Le rap c’est comme les Pokémon, c’est devenu infini. Y a ceux qui dise « le rap c’est le texte. sans le texte c’est pas du rap » mais aujourd’hui y a des centaines de rappeurs qui cartonnent et… Bon.. Ben le texte c’est pas leur force. Je pense qu’il en faut pour tout les goûts et il y en a pour tout les goûts. Nous on essaye juste d’en créer un nouveau. Par exemple, on parlait de Mc Solaar, c’est le combo parfait entre la sur écriture et la musique qui t’ambiance. Tu comprends tout ce qu’il dit, tu peux danser dessus.

Dans ta loge idéale, tu mettrais quoi ou qui Louis?

Déjà il y a mes plantes homéopathiques nécessaires ;). Il y a beaucoup d’eau parce que je ne bois pas vraiment d’alcool. Il faut une bonne température. Je suis pas trop nerveux avant de monter sur scène sauf pendant les 6 dernières secondes. Le théâtre m’a aidé à gérer ma respiration. Il me faut de la bouffe pour après la scène, j’ai souvent la dalle et les copains. Valentin est plus décontracté que moi parce qu’il est moins sur le devant de la scène. Mon stress c’est d’oublier mon texte, parce que j’apprends mes chansons sur le tas, vu que je compose en même temps qu’on enregistre le plus souvent.

En quoi la scène enrichit ton écriture musicale justement?

Il y a des sujets dont tu ne peux pas parler tant que tu ne les as pas vécu. C’est une autre énergie sur la scène. Avoir fait une dizaine de scènes l’année dernière ça a nourri le prochain projet. Hyperloop est très inspiré de l’impact que le morceau a eu sur scène. On a créé un morceau studio qu’on utilise pas sur scène. L’idée, c’est plus la nécessité de ramener des choses sur scène qui ne sont pas sur les projets, ne pas juste envoyer des prods et rapper, mais vraiment comme les groupes de rock ou de musique, jouer, faire des solos… C’est pour ça qu’on se considère comme un groupe, ce qui est assez atypique dans le rap. Les gens ont du mal dans l’identification parce que Valentin n’est pas rappeur et que dans un groupe de rap « normalement » il y a plusieurs rappeurs. Nous, on a pas deux blazes, on est Oulmerie.

Sur ta scène idéale on trouve qui?

Tous les copains que j’affectionne. Si un jour, on fait une grosse scène, on a juste envie de ramener tout le monde, tout les gens qui ont participé. C’est culturel dans le rap. C’est normal en fait. Il y a les gens qui ont collaboré de près ou de loin sur nos projets et on a envie qu’eux aussi ils prennent l’énergie. Dans les artistes connus, il y en a trop que j’affectionne pour en citer qu’un. Dans la dimension d’Oulmerie, j’ai du mal à envisager des featurings parce que musicalement on est dans notre univers et pour l’instant il n’y a pas la place. On est encore dans un souci d’identification. Et puis les prods de Valentin sont particulières et pour moi c’est facile parce que je le connais bien, mais c’est notre musique et d’autres rappeurs peuvent avoir du mal à poser leur flow dessus. En France, j’aimerai beaucoup travailler avec Laylow, c’est certainement un de ceux que j’aime le plus dans le paysage rap français. C’est très sombre, digital, électronique. Mais sinon j’écoute plus de rap us comme Travis Scott ou Tyler the Creator. Lui a une sensibilité particulière. Après je prends Snoop Dogg ! c’est le parrain du rap.

Etes vous des grands utilisateurs des réseaux sociaux?

C’est moi qui gère surtout Instagram. Sur Facebook, on va juste relayer nos vidéos et nos freestyles. Ça dépend de l’actu. A la base, ça ne me passionne pas les réseaux, on a plus tellement le choix mais je ne nourris pas l’Insta quand on a rien à dire. Ça m’épuise. On a été très actif pendant le confinement par contre, surtout en stories. Mais les réseaux ne doivent pas te manger le cerveau, ce qui compte c’est ce que tu fais dans la vraie vie.

Est-ce que vous vivez de la musique?

J’ai un job alimentaire à côté et Valentin a son job d’ingé son avec le studio.

Comment avez-vous vécu le confinement ?

On avait des projets de concerts qui sont tombés à l’eau. Mais le confinement on l’a plutôt bien vécu, il nous a permis de nous recentrer sur la compo et les enregistrements. En 2019 on a été très occupé par les scènes, le studio était toujours booké par d’autres artistes. Du coup, comme Valentin a dû le fermer, on a pu réinvestir le lieu pour nous. On en a profité pour terminer le projet et mettre en place tout ce qui arrive maintenant. Pour le groupe ça été un mal pour un bien, après ce qui me fait mal au cœur, c’est l’arrêt de la culture et le peu de perspectives pour le futur. L’objectif c’est la scène et là on ne sait pas quand ça va reprendre vraiment. C’est déjà tellement difficile de se faire une place, quand ça va reprendre c’est ceux qui ont déjà leur place qui vont être repris en priorité parce qu’il faut remplir les salles.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune rappeur qui souhaite en faire son métier?

Je lui dirais que c’est pas une bonne idée, je lui conseillerai de faire une école de commerce ou de marketing. Il te faudra une âme d’artiste, être créatif, travailler pour avoir du flow, de l’écriture mais si tu veux un cursus logique pour réussir dans la musique au XXIème siècle, fais une école de ce genre ou d’audiovisuel. Développe toi dans une branche annexe. Tu deviens pas rappeur, tu deviens producteur et tu t’aides de ça pour avancer. Le mieux c’est de devenir ton propre manager. C’est ce que je me serais conseillé à 15 ans, même si je ne l’aurais pas fait nécessairement, parce que j’ai du mal à rester dans un cadre. J’ai la chance d’être entouré, je me fais tout seul, je bosse beaucoup, mais ça reste un métier difficile. C’est des sacrifices, plutôt que d’aller au restau, de claquer ton fric dans des fringues, tu te payes des sessions studios, du matos etc.. quelque soit la forme d’art, il faut savoir tout faire, c’est être un chef d’entreprise. L’école est importante pour ça, elle te permet aussi de te faire un réseau. Après je reste persuadé que le rythme de chacun est le plus important. C’est aussi plus facile aujourd’hui de se lancer parce qu’on a accès à plus de choses.Maintenant faire du rap dans sa chambre c’est facile, mais en vivre c’est autre chose.

Le temps vient de s’arrêter, tu peux choisir le moment qui a changé ta vie?

Ce qui a changé ma vie c’est relativement négatif. Ma vie c’était le skate, j’ai commencé à me blesser et j’ai compris que je n’allais pas pouvoir en faire mon métier. Du coup, le théâtre c’est beaucoup plus intéressant et je préfère être créatif. Mon corps est devenu mon outil de travail. C’est la conscientisation de mon corps qui m’a fait passer cette étape. Ensuite à 16 ans, j’ai connu une perte qui m’a fait réaliser que la vie était précieuse et qu’il fallait la savourer. On est pas pressé, tout le monde va trop vite, même dans le sud. Depuis cet accident, mon horloge s’est arrêtée. Tout a changé dans ma perception du temps, de l’art , du rapport aux autres. C’est là que j’ai décidé que je ne ferai pas le choix d’être un adulte comme c’était prévu. Ça m’a libéré du regard des autres. Je vais m’écouter et je fais ce que j’ai envie de faire. J’écoute mais je ne fais confiance qu’à mon instinct.

Quels sont les prochaines étapes pour Oulmerie?

La sortie du clip « Jouets & Souvenirs », le single « La Monnaie  » qui va arriver et une live session chez Neon Air qu’on a tourné la semaine dernière. Du merchandising Oulmerie qui arrive.

C’est le moment de partir sur Mars, tu emmènes quoi avec toi dans l’espace?

Un transat, et Valentin son piano, je sais que ça lui manque un peu, de ne plus en faire autant. Si je suis sur Mars, c’est que j’ai réussi à être au soleil, loin des cons 🙂

Crédits Photo: Adam Bidar

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