• THERESE, une artiste URBAN pop engagee

    La poupée-tigre débarque sur la scène musicale française et je suis ravie d’avoir pu échanger avec elle. Thérèse est un ovni qui a surgi de nulle part. Enfin pas vraiment, mais elle va nous en parler. Elle a su d’emblée imposer son style. Une jeune femme bien dans son temps, activiste assumée, féministe, mais avant tout humaniste. Un son et un style vestimentaire bien à elle, un franc-parler et une liberté de ton qui fait d’elle déjà la porte-parole, un peu malgré elle, d’une communauté asiatique meurtrie par les récentes vagues de violence qui ont pris pour excuse la pandémie du Covid. Thérèse est une artiste multiple qui vit son art avec passion, le nourrit de ses expériences de citoyenne, de femme, de créatrice de mode, bref de tout ce qu’elle est. Il émane de Thérèse une force tranquille, une sensibilité que je vous invite à la découvrir dans cette interview-confidence qu’elle m’a accordé il y a quelques semaines.

    Thérèse, tu es une artiste multi-casquettes, musicienne, styliste, activiste. Est ce que tu donnes la même place à ces différentes activités ?

    C’est difficile de répondre parce que pour moi, tout va dans le même sens, c’est la même idée. Je jongle entre mes différentes casquettes. L’activisme est un mot assez fort et à la mode, j’aurais plutôt tendance à dire que je suis une artiste engagée. J’ai organisé ma vie pour pouvoir être musicienne. Je n’attends pas de la musique qu’elle me rapporte de l’argent, même si je le souhaite. Si j’avais voulu en gagner dans cette industrie, j’aurais fait autrement, en rentrant un peu plus dans les codes, que ce soit dans le format ou l’image, être un peu plus lisse. Mais j’ai 34 ans, j’ai plus d’expérience, car j’ai commencé finalement tard dans une industrie qui prône un certain jeunisme et ça me permet d’appréhender les choses différemment.

    Thérèse – crédits photos Marilyn Mugot

    D’où t’es venu ton goût pour la mode ?

    Pour la mode, ma mère m’a raconté que j’avais toujours eu ce goût. Quand j’étais petite, je passais ma life dans l’armoire de mes parents à essayer leurs fringues. J’ai toujours fait attention à la façon dont je m’habillais, même si je suis passée par des périodes compliquées (rires), je crois simplement que ça m’amuse. Je me souviens que lors de ma prépa au lycée Hélène Boucher à Paris, je me suis sentie obligée de transformer la banlieusarde que j’étais en parisienne. Aujourd’hui, on va dire que je suis un mix de toutes ces expériences, qui se sert de la mode comme une arme !

    Raconte-nous ton parcours musical?

    Je suis fille d’immigrée, mes parents sont arrivés du Laos à la fin des années 70. Ils se sont rencontrés à Paris. J’ai grandi pas mal en banlieue, notamment à Vitry. Mes parents ont monté un commerce d’alimentation générale spécialisé dans les produits d’Afrique, d’Asie et des Antilles. Du coup, j’ai grandi dans un environnement multiculturel. A l’école, j’avais déjà une vraie ouverture d’esprit grâce à ça. J’étais plutôt bonne élève, j’ai étudié le chinois, et j’ai commencé le piano à 10 ans au conservatoire, ainsi que le solfège et un peu de chorale avec le chef d’orchestre Pierre Molina. J’ai arrêté avant les examens à la fin du second cycle. J’avais envie à l’adolescence de faire autre chose que deux à trois heures de piano par jour. Trop de contraintes, je me suis servie de l’excuse de la prépa HEC.

    Je suis ensuite partie à Lyon, faire une école de commerce, même si j’avais demandé à faire une école d’art, mais mes parents ne m’ont pas vraiment écoutée :). Lyon, c’était un peu la liberté parce que chez moi, c’était très strict. En plus être l’ainée, être une fille et asiatique… le combo! Pendant cette période, j’ai eu la chance de devenir présidente du bureau des arts de l’école pendant un an. On avait plein de partenariat avec des théâtres, des opéras. Ça m’a ouvert l’esprit. Moi qui avais grandi avec la télé, là, je découvrais un autre monde. Il y avait un local de musique à dispo et c’est là que j’ai rencontré des gens comme moi qui avait arrêté la musique et j’ai commencé à écrire des chansons, à les présenter dans des café-théâtres. Je me suis rendu compte que la scène me donnait une adrénaline incroyable. De retour à Paris après mes études, j’ai commencé à jammer, à faire des petits concerts. Puis, j’ai passé trois ans en tant que lead du groupe LA VAGUE avant de me lancer en solo.

    Tes parents sont musiciens ?

    Mon père joue de la guitare, de la batterie et il chante, mais en amateur. Pour lui, c’est un hobby. Ma mère chante comme une casserole.

    As-tu commencé à écrire en anglais tout de suite?

    Oui, mon éducation musicale a été en majorité anglo-saxonne. J’écris en français, en anglais et en chinois. Le prochain titre sera en français et chinois d’ailleurs.

    Quelles sont tes influences ?

    Mon premier disque, c’était Cat Stevens, offert par mon père. En primaire, j’ai découvert TLC, tous les boybands, et girlsband. Beaucoup de rock aussi, Radiohead, System of a Down, Nirvana, Massive Attack, Porstishead, plein de rap US mais aussi le 113 puisque j’étais Vitriote. Mais j’ai toujours été très girl power : Britney Spears, Madonna (plus pour son image que pour sa musique), Missy Elliott. Par contre, je ne suis pas team Beyoncé, c’est trop parfait, je préfère Rihanna (rires). Des influences, j’en ai trop.

    T.O.X.I.C , ton premier single sorti en juillet est un objet vraiment à part, avec un clip très beau, quels sont tes prochains projets et avec qui travailles-tu?

    Mon single « Chinoise ? » sort le 10 décembre. Il mixera le français et le chinois et un EP 7 titres en mars normalement. Je travaille avec Adam Carpels, que j’ai rencontré via la Couveuse, mon label. On co-compose. Je sais souvent ce que j’ai envie de faire en terme de direction artistique et après je m’entoure de gens pour matérialiser l’ensemble. J’ai commencé à écrire pour moi pendant le premier confinement, mais un peu par hasard. J’ai ça montré à La Couveuse et à Adam et ils ont été enthousiastes. Ils m’ont lancé le défi de sortir le projet avant l’été dernier! Je travaille aussi avec le réal et mixeur Alexandre Zuliani, on est un peu un trio. Et évidemment au niveau de l’image, je travaille avec mon ami Charlie Montagut et une équipe qu’on est entrain de monter. Construire cette famille, ça s’est fait par couche dans le temps, dans un vrai désir de collaboration à long terme. Sur cet EP, on a été vite, parce que je savais déjà qui j’étais, ce que je voulais dire et l’équipe aussi. C’était évident.

    Pour pré-sauvegarder son prochain single « Chinoise ? » qui sort le 10/12 

    http://ditto.fm/chinoise

    Niveau look , l’as-tu retravaillé pour le projet?

    J’ai un peu rectifié le tir par rapport à La Vague, mais c’est toujours moi : j’oscille entre la « girl next door » et une créature multiple un peu turfu-goth.

    Parlons un peu du message posté par le Collectif Asiatique Antiraciste que tu as relayé sur les réseaux en octobre dernier. Ca t’a semblé évident de le faire ?

    Ça fait quelques années que je suis dans ce genre de mouvements en électron libre et ça a commencé par un rapprochement avec l’Association Jeunes Chinois de France (AJCF). Mon implication date de l’assassinat de Zhang Chaolin à Aubervilliers en 2016. Ca été un tremblement de terre pour la seconde génération de Français d’origine asiatique. On a tous subi du racisme ordinaire étant petits. Mais tu te rends compte en grandissant de la violence de certains propos et de l’ignorance des autres cultures quelles que soient les classes sociales. En ce qui concerne ce message, il y a eu en octobre, une vingtaine d’attaques recensées en une semaine. Sans compter ceux qui ne portent pas plainte. Je me suis retrouvée à faire des plateaux télé pour parler de ça lors de la première vague du Covid. Je n’avais pas prévu de me retrouver aussi exposée.

    Je ne sais pas si je peux dire que c’était «évident» pour moi de le faire, car ça demande une certaine énergie psychologique de porter ces messages, mais on nous donne bien trop peu souvent la parole sur ce sujet pour ne pas saisir les occasions. C’est plus facile de trouver un coupable, trouver une cible pour déverser ta haine. Plutôt que de réfléchir et se rendre compte que les asiatiques de France n’ont pas à porter la responsabilité du Covid, ni les décisions du gouvernement chinois. Il faut se rendre compte que les paroles des politiques, les médias, qui relayent cette peur, montent les gens, les uns contre et entretiennent le racisme intercommunautaire et les divisions.

    Tu n’as pas eu peur que tu sois trop rattachée à ce sujet dans les médias et que ça occulte ce que tu fais artistiquement ?

    Non parce que tout est lié chez moi, le prochain single parle de ça et je crois que les gens qui me suivent, qu’ils soient d’accords ou pas, me suivent parce qu’ils sont ouverts à ça, qu’ils décloisonnent les choses. J’assume le fait de rendre politique la culture.

    Quel rôle l’artiste a à jouer dans la société ?

    C’est une question cruciale aujourd’hui. Pour ma part, on est là pour offrir notre vision du monde et interroger les gens sur la leur.

    Tu parles aussi beaucoup de féminisme inclusif. Peux-tu nous en dire plus?

    Le féminisme historiquement a souvent exclu les homme. Je trouve que ce mouvement s’est un peu radicalisé dans certains groupes. Mais moi ma volonté c’est de rassembler et d’avancer tous ensemble. L’important c’est de comprendre ce qui bloque chez les hommes et vis et versa et de travailler ensemble. Le féminisme historiquement a souvent exclu les hommes. Je trouve que ce mouvement s’est un peu radicalisé dans certains groupes. Ma volonté c’est de rassembler et d’avancer tous ensemble. L’important c’est de comprendre ce qui bloque chez les femmes/hommes et vice et versa et de travailler ensemble.

    Comment le rapportes-tu à ton identité culturelle?

    La culture asiatique est beaucoup moins machiste que les sociétés occidentales. A la maison, c’est ma mère qui gère l’argent. Le pouvoir de décision et l’autorité sont plus dilués. Mon père a bossé dans le commerce équitable pendant quinze ans et du coup ma mère nous a élevé au quotidien. J’ai toujours cru à la possibilité des femmes de faire des choses par elles-mêmes. Elle m’a donné beaucoup de force ce petit bout de femme.

    Revenons à la musique, quel est ton rapport à la scène ?

    Avec La Vague, on a fait une quarantaine de dates pendant trois ans. J’adore ça, même si je ne suis pas toujours contente de moi. Mais ce n’est jamais pareil d’une scène à l’autre, que ce soit la salle, le public, ton humeur, si t’as tes règles ou pas. J’ai toujours des repères pour enchaîner les morceaux, mais entre ses marqueurs, je me laisse la possibilité de faire ce que je veux. On prépare tout en amont avec Adam et Théo, donc on a une setlist. J’ai prévu des chorés aussi. Le prochain concert est prévu le 24 janvier 2021 à Montreuil, à la Marbrerie. On va aussi faire une résidence à la Cave aux Poètes à Roubaix.

    Dans ta loge idéale on trouve qui ou quoi ?

    On trouverait à manger beaucoup pour après le concert, pleins de graines, du chocolat très noir, de la tisane. C’est pas très rock’n’roll. Mais aussi des bons alcools et des bonnes pizzas. Il y aurait Kendrick Lamar, Thom York (Radiohead), Rihanna, Bjork, Kanye West, M.I.A, mon équipe, ma famille, mes potes et des chats. La présence d’un animal dans une pièce nous ramène à notre état de mammifère et c’est révélateur de ce que sont les gens.

    C’est pour ca qu’on t’appelle la poupée-tigre ?

    C’est mon signe chinois, et c’est un animal que tu crains autant que tu as envie de lui faire des câlins. En plus, on distingue difficilement le mâle de la femelle. C’est moi qui me suis appelée comme ca (rires).

    Sur ta scène idéale, on trouve qui ?

    Les mêmes que dans ma loge, j’aimerais bien voir à quel point je me sens petite avec ces gens-là, je serais curieuse de voir ma réaction face à des gens avec une telle aura. J’ajouterais Gainsbourg, Barbara, Amy Winehouse.

    Le temps vient de s’arrêter, tu peux choisir un moment qui a changé ta vie ?

    Le premier confinement, c’est là que j’ai décidé d’assumer ce que je voulais dire toute seule, sans personne et face au public. Je me sens de plus en plus libre, c’est vers ça que je tends.

    Je t’emmène sur Mars, tu emmènes qui ou quoi avec toi ?

    Je crois que j’amènerais des gens, parce que c’est ce qui me donne de la force. Les gens que j’aime, tous ceux qui étaient dans la loge en fait.

    Peux-tu nous partager un moment embarrassant, amusant ou surprenant vécu sur scène ?

    J’étais allée jouer à l’Ecole Centrale à Lyon. Ils m’avaient invité à venir chanter avec un groupe. Je vais aux toilettes juste avant de monter sur scène, et en sortant tout le monde me regardait bizarrement. Comme il y avait beaucoup de mecs dans cette école, je me suis dit que c’était parce que j’étais une fille qu’ils me dévisageaient. Finalement, une nana vient me voir pour me dire que je n’avais pas bien remis ma jupe qui était coincée dans mon collant chair. Du coup, tout le monde a vu mon cul avant de monter sur scène (rires). Après ça, j’avais plus grand chose à craindre

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    Thérèse fait partie des 10 finalistes du prix Société Pernod Ricard France Live Music, vous pouvez voter pour elle jusqu’au 18 janvier !!

    https://www.facebook.com/societe.pernod.ricard.france.live.music/videos/969832660515301
  • Les Bords d’ECRAN

    Aujourd’hui, je vous présente l’initiative du Pôle culturel d’Ormesson sur Marne dans le 94. Tous les samedis à 20H30, le Pôle fait découvrir en vidéo sur sa chaîne YouTube, un endroit méconnu du centre culturel, investi par un/une artiste.

    C’est avec le deuxième confinement qu’est née l’idée de réinventer les liens entre le centre culturel et le public et de les maintenir avec les artistes. Le Pôle culturel d’Ormesson est un bel écrin pour ceux qui le connaisse déjà, et ouvert en permanence à toutes les formes d’arts. L’idée ici est vraiment de vous montrer les entrailles d’un lieu culturel, sa machinerie, ses espaces techniques, la boîte secrète de l’illusion du spectacle. Il s’agit ici de mettre en scène, mettre en valeur les lieux en invitant des artistes à les investir.

    Les premiers artistes invités ont été la compagnie de danse AfroDance de Boun, un des plus grands danseurs et chorégraphes. Il a investi les lieux avec deux de ses danseuses dans une chorégraphie énergique! Ils présenteront leur show le 6 mars 2021 au Centre Culturel d’Ormesson.

    La deuxième artiste n’est autre que ma fille Chiara Foschiani, filmée par Boun et Chasha Prod, les lieux secrets du théâtre se dévoilant au son de Queen of Disaster, son premier single. Chiara sera en concert dans le cadre des Orm’scènes émergentes le 3 avril 2021.

    Quatre autres vidéos sont prévues, mais pour les découvrir, je vous invite à vous abonner à la chaîne YouTube du Pôle Culturel. Ce n’est pas si souvent que des initiatives telles que celles-ci sont prises par les collectivités et c’est important de le souligner. La culture, les artistes et tous les acteurs de cette industrie souffrent actuellement comme d’autres, mais heureusement, il y a de bonnes volontés, des amoureux des arts qui continuent d’expérimenter, d’inventer de nouvelles façons de la présenter au public.

    J’en profite pour remercier Thierry Alcaraz, le directeur du Centre culturel d’Ormesson sur Marne, Fred qui s’est occupé de toutes les lumières et des installations, Boun et Chasha Prod pour le tournage, montage des vidéos en un temps record!

    Pour suivre le centre culturel d’Ormesson sur Marne et prendre des billets pour les spectacles c’est par ici.

  • NEDELKO, nouvelle force tranquille du rap français

    Aujourd’hui, je vous embarque dans l’univers du rappeur Nedelko, découvert au sein du collectif lyonnais L’Animalerie, la musique de Nedelko est un savant mélange entre musique progressive et rap plus technique. Il écrit ses textes, avec une mélancolie assumée, un sens du rythme qui fait mouche et qui a su me toucher. Un premier album Rhéologie sorti en 2019, surprenant qui dévoile un artiste d’une grande sensibilité sachant manier les mots avec poésie. Le 4 décembre prochain, sort son nouvel album URIZEN PT.I, associé au compositeur et beatmaker Oster Lapwass, il promet de nous emmener encore plus loin dans son univers. J’ai eu la chance d’écouter les maquettes et c’est une jolie claque. C’est beau, puissant et fort. Un garçon à découvrir d’urgence parce qu’il va faire de plus en plus parler de lui dans les mois à venir. C’est tout ce qu’on lui souhaite mais je n’ai pas trop de doute vu la qualité de son écriture. Le rap quand il est bien écrit, c’est juste un petit bonheur à savourer tranquillement.

    Nedelko, racontes nous ton parcours?

    J’ai jamais fait de musique quand j’étais jeune, pas de solfège, ni d’école mais j’en ai beaucoup consommé, beaucoup écouté. Je ne m’étais pourtant pas vraiment autorisé à faire partie de ce monde. Pour moi, c’était pour des gens qui étaient déjà dedans. Quand j’étais petit, je voulais être véto, la musique semblait inatteignable. J’avais des parents qui n’étaient pas contre l’idée, mais c’étaient mes propres barrières, ma timidité naturelle qui m’empêchaient de me lancer. J’ai fait mes études, j’ai fait trois ans d’histoire à la Sorbonne, puis je suis parti six mois en Nouvelle-Zélande, je cherchais un pays qui dépayse pas mal et où il y avait du travail. Là-bas, j’ai beaucoup écrit et quand je suis rentré, j’ai décidé que ce serait la musique. J’ai fait une école de son mais c’était très technique et ça m’a pas accroché, c’était pas assez artistique pour moi. Au bout d’un an j’ai fait des maquettes et j’ai envoyé à l’Animalerie, le collectif lyonnais de Oster Lapwass dont j’étais déjà fan. Il a kiffé et il a voulu travailler avec moi. Du coup, je suis parti sur Lyon et on a bossé sur Rhéologie.

    Tu écris tes textes, très introspectifs, très personnels, comment gères-tu l’émotion sur scène?

    Des fois c’est compliqué, en plus quand je fais des concerts, les gens qui ne me connaissent pas, attendent de pouvoir bouger, mais moi j’ai un registre assez calme. Parfois c’est plus difficile car il y a des morceaux qui peuvent me percuter plus .Il faut gérer les émotions. Dans le prochain album, il y aura des morceaux plus patate mais ça reste sur des sujets forts.

    Quel est ton processus d’écriture?

    En général ca va vite, il y a un mécanisme rythmique, c’est presque mathématique. je parle de mes émotions et je les regroupe par thème. Le prochain album sera en deux parties et il racontera une histoire. 14 titres, la première partie sortira le 4 décembre et la suivante en mars 2021. En terme de thème, il y a un élargissement de l’horizon pour la deuxième partie. Ce sera dans la continuité du premier album Rhéologie. Mais on reste dans la mélancolie latente, tout en allant plus loin en terme de musique, dans la construction des morceaux, dans l’agencement des chansons, cela correspond plus à ce que je veux faire dans la musique, un mélange de rap et de musique progressive.

    Tu as sorti un son avec Oster Lapwass, « Or what » le 13 octobre dernier, produit par Yann Rat-Patron qui m’a surpris car très différent de Rhéologie. Peux-tu nous en dire plus?

    Sur Or what, c’est plus léger en effet, mais ça me représente aussi pas mal, c’est le côté pote que j’aime. Mais il ne sera pas sur l’album, ca m’a fait marrer de le faire et c’est autant moi que les trucs tristes. Je voulais montrer une autre facette. C’était aussi un test parce que j’avais un peu peur que les gens m’enferment dans un style.

    Quelles sont tes références musicales?

    King Crimson, c’est un pilier du rock progressif. J’ai été un petit peu secoué par Pink Floyd au collège, puis les Strokes pendant l’adolescence, Julian Casablancas, a beaucoup expérimenté mais de façon écoutable. Ca m’intéresse cette démarche, expérimenter mais rester accessible. Il y a aussi Courtney Barnett, c’est une inspiration, qui est australienne. En français j’aime beaucoup, Moustaki Bashung, Leo Ferré, et en rap j’ai commencé à écouter Odezenne, quand il faisait du rap rap, maintenant c’est plus électro. Mais ça m’a entrainé vers le rap que j’aime, le collectif Time bomb, Lunatic, Booba, Oxmo Puccino, des rappeurs avec du fond. Booba on oublie qu’il a apporté beaucoup au rap, au niveau technique. Et mes inspi c’est l’Animalerie.

    Tu es en autoproduction ou tu as signé en label?

    Je suis en indé, et je ne cherche pas spécialement à signer en label, mais je ne suis fermé à rien, surtout en terme de visibilité. Le but reste d’être écouté par le plus de monde possible. J’utilise aussi la plateforme Groover pour me faire connaître. Ils sont top pour l’émergence.

    Pour ce deuxième album, avec qui as-tu travaillé?

    J’ai travaillé avec la même équipe, Oster Lapwass et deux beatmakers et compositeurs Hayko, le guitariste et compositeur du groupe Arche, Yaon et GoodJohn. On est plutôt content. Je pense faire un clip par morceau.

    C’est quoi le pitch de Urizen?

    Dans la mythologie de William Blake, Urizen occupe le rôle de grand architecte. Celui qui dessine les limites de l’horizon, crée l’univers et en définit les contours à l’aide de son compas. Ce second album fait le récit de ces horizons transfigurés, qui grandissent ou se restreignent à mesure qu’ils croisent ou percutent ceux des autres. Ici, Urizen c’est l’histoire d’un monde qui nait dans un autre trop petit. C’est le passage de l’errance, de l’étroitesse et de la solitude, à la rencontre, la lumière et l’ascension. Le concept de l’album est de le couper en deux parties qui se croisent et se répondent, URIZEN navigue entre les saisons et les courants, entre rap, mélodies lancinantes et musique progressive.

    Comment gères-tu les clips?

    C’est moi qui fait le montage et l’étalonnage, je travaille avec Matthieu, et pour les coûts, je travaille à côté, je suis barman. Pour moi c’est important de payer les gens. Ca demande de l’investissement. D’ailleurs, j’ai prévu de sortir un clip pour chaque chanson sur cet album. C’est un projet qui va durer sur le long terme.

    Dans ta loge idéale on trouve quoi ou qui?

    On trouverait uniquement mes potes, ma copine, et pas mal de bières, des pizzas et Oster Lapwass

    Sur ta scène idéale, on trouve qui?

    Baptiste Chambrion, mon backer Edgar, et Oster. En fait avec l’Animalerie, j’ai déjà fait de belles scènes comme Le transbordeur à Lyon. Je devais faire la première partie d’Oxmo mais ca été annulé le jour du confinement.

    Le temps vient de s’arrêter, tu peux choisir un moment qui a changé ta vie.

    C’est quand j’ai dû prêter un disque dur il y a quelques mois ou sinon le 27 juillet 2019. Ca reste un secret 🙂

    Je t’emmène sur Mars, quelle personne ou quel objet emmènes-tu avec toi?

    Je prends mon chat Mario, parce que ca le dérangera pas plus que ça, comme il ne fait que dormir.

    Raconte-nous un moment gênant, drôle ou inattendu que tu as déjà vécu dans ta carrière?

    Un concert à Chambéry, c’était dans un bar, et les gens ne voulaient pas de nous, ca se voyait. Rien à faire pour les embarquer. Jusqu’à la fin ca été un enfer. On est sorti de ce concert, on s’était garé à un endroit où il fallait pas et la voiture avait été bloquée par un gros poteau. On a passé la nuit pour enlever ce truc (rires)

    Quels sont tes projets dans les mois à venir?

    La sortie de l’album, acheter un pavillon à Clamart (rire) et une Fiat Multipla.

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  • Kiara jones, nouvelle icone neo soul

    Dans les jolies découvertes de ces derniers mois, il y a Kiara Jones, une jeune femme très talentueuse avec un univers déjà très particulier. J’ai eu la chance de l’interviewer juste avant la sortie de son premier ep « Black Garden ». Kiara fait partie de la sélection pour le prix Pernod Ricard France, très couru des artistes émergents. Sa musique oscille entre soul, jazz et pop, mais elle a surtout un son qui n’appartient qu’à elle et un univers visuel vintage et déjà très affirmé.

    Racontes nous un peu ton parcours et d’où viens tu Kiara?

    J’ai toujours fait de la musique d’aussi loin que je m’en souvienne. J’ai un papa qui était musicien, bassiste et percussionniste et une maman écrivain. Elle nous a transmis cet amour pour la culture et j’ai toujours été dans ce milieu artistique. Je ne me suis pas posée la question de savoir si j’avais le droit de faire de la musique. C’était une évidence. J’ai chanté, j’ai commencé par le ukule car le plus accessible, puis à la guitare, et au piano. J’aime bien toucher à tout, tout savoir faire, surtout quand je compose, je n’ai pas envie d’être limité dans ma création.

    Quelle est justement ta formation musicale?

    En autodidacte, j’ai appris sur le tas avec des musiciens. Je pense qu’il faut avoir des bases, mais il faut savoir s’en libérer pour ne pas avoir peur de dépasser ses limites et ne pas être trop scolaire. On retrouve cette liberté dans ma musique. Sinon on ne se serait pas forcément lancé dès le premier single « Black Garden », sur un morceau sans batterie, ni basse, en complet guitare chant. Je ne me pose pas la question de savoir si c’est mainstream ou pas.

    C’est pour ça que ta musique est atypique, elle est très épurée.

    Je trouve qu’il faut respecter certaines codes, au niveau de la structure par exemple, mais on ne doit pas se poser la question de savoir si ça va plaire. Il faut déjà que ça nous plaise à nous.

    As-tu fait des études en parallèle de la musique?

    J’ai fait un master d’économie, tout en ayant mon projet artistique et mes collègues se demandaient ce que je faisais en entreprise. Quand je n’ai plus réussi à concilier les deux, j’ai dû faire un choix. Entre ce que j’aime vraiment et qui me motive et l’entreprise, il n’y avait pas photo. Mes parents voulaient surtout que je réussisse, mais dans tous les cas, on ne peut pas lutter contre ce qu’on est vraiment.

    Comment as-tu commencé?

    Au départ, je composais dans ma chambre avec ma guitare. J’habite à Fontainebleau qui est un bassin de musiciens. J’avais participé à une scène ouverte et beaucoup m’ont dit qu’il fallait que je trouve un groupe, mais c’était vraiment pas pour être pro au début. La bascule s’est faite en 2018, pendant le premier tremplin soul en France, le Sankofa soul contest. Ca se passe au Bizz’art à Paris et c’est un évènement parce qu’il y a des artistes qui viennent de partout en France. Quand je suis arrivée, c’était noir de monde et l’accueil a été fou. Ca m’a marqué et je me suis dit qu’il fallait que je me lance. J’ai été repéré par Bruno Berberes pour The Voice 2019 à cette occasion. J’avais déjà passé le casting mais j’étais dans mon master et je ne pouvais pas faire les deux. Deux ans après, je me suis lancée mais j’ai quitté mon job. Je n’ai pas été très très loin. Je suis passée aux auditions à l’aveugle Ca donne de la visibilité quand même. D’ailleurs, cet été j’ai fait le Summer Tour de The Voice.

    Le chant est-il venu tôt dans ta vie?

    J’étais de nature très timide et le chant était un moyen d’expression depuis toute petite. Je ne parlais pas beaucoup mais je chantais énormément. C’était tout ce que je disais pas dans la journée que j’essayais d’exprimer dans ces petits moments. C’est venu avant de jouer des instruments.

    Tu as une personnalité et une identité déjà très affirmée avec une esthétique dans tes clips très particulière. C’est un travail d’équipe ou de toi uniquement?

    J’aime beaucoup la mode, le cinéma, j’écoute beaucoup de musique anglo- saxonne. On m’a souvent dit que mon esthétique ne fait pas français, ce que je ne comprends pas. je dessine le moodboard moi même pour faire la trame du clip. Après je pense les vêtements. Je travaille en collaboration avec les réalisateurs mais je suis un peu leur cauchemar parce que j’ai des idées bien arrêtées.

    Tu es en auto prod ou en label?

    J’ai refusé jusqu’ici d’être en label, j’attends de sortir mon projet. J’ai eu peur qu’on me bride et qu’on m’empêche de faire ce que je veux. Pour ce projet, j’ai envie d’avoir une liberté totale. Après on verra, je ne refuserais pas éternellement, mais pour moi, jusqu’à aujourd’hui, même pour la synchro, je pensais ne pas être assez prête en terme d’identité. Et objectivement, je me débrouille bien et j’ai une équipe avec moi, un manager, un tourneur mais pour l’artistique je préfère rester seule maître à bord. On a de la ressource malgré tout et je connais trop d’artistes qui sont bloqués avec des labels.

    Pour la communication, de quelle façon gères-tu le projet?

    J’ai utilisé des plateformes comme Groover, sinon on se débrouille avec mon équipe. Surtout qu’au début pour mon premier single, je ne pensais pas à l’impact que Black Garden allait avoir sur les autres artistes. Mais j’ai été super soutenue parce qu’ils ont trouvé ça différent de ce qui se faisait en France.

    Parles nous de ton Ep « Black Garden » sorti le 6 novembre quelle en est la couleur?

    Une couleur jazz, indie pop, et plutôt soul. J’avais assez de morceaux pour faire un album mais les autres titres sont plus électro pop. Donc sur l’ep les derniers titres sont plus pop pour annoncer la suite. Il y a 5 titres.

    Quel est le fil rouge de ton ep?

    Le thème principal c’est l’amour et l’espoir. Le premier titre s’appelle « Not Today », composée un peu avant le confinement et cette chanson a pris sens avec ce qui s’est passé après. Elle est plus dansante, plus feel good que « Black Garden ». C’est un ep positif, je voulais que sur chaque chanson, on ressente quelque chose, de la joie ou de la mélancolie. « Another day » qui clôture l’ep, est un morceau plus funk et plus jazzy, c’est un mélange de ce que je fais en live, plus dynamique.

    On doit donc s’attendre à une évolution de ta musique vers d’autres univers ?

    Oui c’est un peu décalé et je vais continuer à me balader dans différents univers. J’ai envie d’explorer.

    Dans ta loge idéale on trouverait quoi?

    J’aurais forcément une guitare comme ça pas de stress avant de monter sur scène. Après je prendrais mon régisseur, parce que j’ai besoin d’avoir un regard rassurant, pour la confiance. Je n’ai pas d’exigences particulière.

    Sur ta scène idéale on trouverait qui?

    KAYTRANADA, James Blake, Sampha, Robert Glasper ce serait énorme.

    Le temps vient de s’arrêter, tu peux choisir un moment qui a changé ta vie?

    La première fois que j’ai joué sur la bouclette tv, quand j’ai joué mon morceau avec ma guitare en plateau devant toute l’équipe. Je présentais une de mes compos et j’ai pris conscience que c’était concret. C’était un sentiment particulier, c’est la bascule pour moi.

    Je t’emmène sur Mars, qu’emportes-tu avec toi?

    Je prendrais un album de Kaytranada pour avoir de la musique qui me donne le moral tout le temps et un piano. Sinon des chaussons de danse, avec la gravité, ça peut faire une image pas mal.

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  • RADAR DE LA SEMAINE 8/11/2020

    La semaine dernière, il n’y a pas eu de radar car malheureusement le temps m’a manqué. Je me rattrape cette semaine avec trois beaux artistes. Allez hop c’est parti pour les découvertes.

    On démarre avec Metò, un artiste multi-instrumentiste, auteur-compositeur-interprète et producteur québécois qui valse entre une multitude de tons et de textures dans ses compositions musicales. Alors que son père tombe gravement malade en 2019 et qu’il doit prendre soin de lui jusqu’à son départ, Metò décide de projeter sa réalité en mélodieuses et romantiques épiphanies. Depuis sa chambre et le sous-sol d’un ami, il assemble un éventail sonore pour produire son premier EP : Alstroemeria. Le premier single ‘Arvida’ évoque une joie mélancolique, un passé révolu qui refait surface dans les songes du présent, un endroit que l’on traîne malgré nous. C’est une pièce empreinte de sérénité où la simplicité acoustique de la guitare transporte de somptueux arrangements sonores vers une finale grandiose. Elle a été produite dans un petit sous-sol, au cœur même de celle-ci. C’est aussi un très long morceau puisqu’il dépasse les six minutes, ce qui va à l’encontre des standards radiophoniques, mais j’ai dans l’idée que ce garçon s’en contrefiche. L’intro du morceau m’a fait penser à Songs from the Big chair de Tears for Fears, il y a une véritable atmosphère et c’est donc à découvrir absolument pour les fans d’Indie folk.

    Magalí Sare est un gros coup de cœur, cette artiste espagnole a la voix cristalline m’a beaucoup touché. Difficile à classer dans un genre précis, elle fait partie de ces chanteuses à la voix atmosphérique. Son titre Beber de ti sorti le 16 octobre évoque la difficulté à communiquer avec d’autres êtres humains de façon fluide comme l’eau auquel elle fait beaucoup référence. Magalí Sare nous invite à vivre intensément chaque relation dans laquelle nous sommes impliqués (famille, amitié, couple) à montrer nos craintes, à faire preuve d’empathie et à exprimer notre gratitude lorsque la situation l’exige. En 2019, Magali a été nominée comme talent émergent à l’académie de musique catalane, comme meilleure nouvelle artiste aux ARC awards et elle a remporté le premier prix international du Festival Suns Europe (Italie). Enfin, Magalí est connue pour être la soprano de
    Quartet Mèlt (lauréats de la troisième édition de l’émission Oh happy day de TV3 Catalogne en 2015). Bref, c’est beau et poétique.

    Mon dernier coup de cœur est pour le dernier titre de Yseult « Bad Boy ». Cette artiste me fascine assez par la liberté esthétique qu’elle met dans chacun de ses clips et la sensibilité que sa voix dégage à chacune de ses chansons. Pour « Bad Boy » un clip  réalisé par Thibault-Théodore, Yseult nous embarque avec une incroyable poésie dans une histoire d’amour passionnelle. Elle reprend les codes du sm dans les visuels alors même que la chanson est d’une douceur absolue. Ce qui n’est visiblement pas antinomique. Le couple qu’elle forme avec le rappeur Ichon est évident tout au long du clip. Yseult continue son cheminement sur l’acceptation de soi, entamé avec Corps, et se révèle dans toute sa nudité à tout point de vue. C’est gonflé et d’une jolie délicatesse. Je suis bluffée par cette artiste et je vous invite à regarder ce clip comme un tableau. Son EP « Brut » est en pré-commande et sortira le 20 novembre 2020.

    « J’voulais qu’ça transpire d’audace, de vulnérabilité, de passion, de sincérité et d’érotisme. J’voulais aller au-delà d’un clip, j’voulais qu’on filme des sensations, des sentiments, du vrai, du brut. J’voulais créer des références inédites. Cette œuvre est une lettre ouverte à l’industrie française, il est encore tant de prendre des risques et d’exciter le regard du public, oui tout est possible lorsqu’un Artiste s’écoute et suit son instinct. J’ai du débloquer des portes dans ma tête pour vous livrer une tél prestation physique et émotionnelle, je suis si fière du résultat. J’ai pris la décision d’assouvir des fantasmes et de toucher du bout des doigts le mot « Art ». Y » (texte extrait de sa chaîne YouTube)

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